Bienvenue sur le Blog de S&E

Science et Environnement est une société (sarl) spécialisée dans la recherche et le conseil stratégique en environnement pour un monde durable. La raison d’être de ce blog est de partager des points de vue, des analyses sur les sujets d’actualités qui touchent à l’environnement.

‘Point de vue’ signifie que nous ne détenons pas la vérité, mais que notre expérience acquise au cours de nombreuses années d’activités professionnelles nous amène à voir les choses de cette façon. Les propos tenus sur ce blog ne sont donc qu’une contribution au débat public, avec l’espoir qu’ils pourraient être utiles.

OGM: Peut-on encore en parler?

Mercredi 21 octobre, l’Académie Britannique des Sciences publiait un nouveau rapport : « Reaping the benefits : science and the sustainable intensification of agriculture. »

Il s’agit bien là d’un des plus grands défis de ce siècle : comment intensifier la production agricole pour satisfaire une demande en augmentation, tout en préservant les ressources naturelles permettant cette production ?

Ce rapport relance à nouveau le débat sur les biotechnologies et plus spécifiquement les OGM, comme moyen de parer à la faim dans le monde, grâce aux potentiels d’intensification et de diminution de la vulnérabilité de l’agriculture qu’ils représentent.

 Lorsque l’on parle d’OGM, il est cependant important de redéfinir le terme, tant il est employé à torts et à travers.

Un organisme génétiquement modifié, peut l’être « naturellement » par un processus de sélection, ou de manière « programmée » par un processus de transgénèse. Dans le premier cas, la modification génétique est issue soit d’une mutation recherchée lors du « croisement » d’espèces par l’homme, soit du hasard lors de la reproduction. Cette mutation se traduit par une modification de certains caractères d’une espèce la rendant plus ou moins adaptée à son milieu et lui permettant ou non de survivre. Dans le deuxième cas, l’homme introduit un gène étranger particulier, dans le génome de l’individu en question, à un endroit précis, pour obtenir la modification d’une caractéristique précise (dans le cas des plantes, par exemple, on cherche à obtenir la résistance à un ravageur, une acquisition facilitée des nutriments ou de l’eau, etc…). On parle alors d’organisme transgénique.

En soi, le processus n’est pas si différent. Mais dans le deuxième cas, le hasard n’a plus aucune place. Ceci signifie d’abord que l’efficacité du processus est nettement plus grande, ainsi que les chances d’obtenir exactement la modification souhaitée. Cette technique peut même permettre de croiser des espèces naturellement non reproductibles entre elles. L’homme contrôle totalement le processus. Il est en quelque sorte « plus puissant » que la nature. Et c’est ce point là qui est difficile à accepter, sur un plan éthique, pour certains.

Le deuxième point qui pose problème, dans le cas des plantes cultivables transgéniques, est la difficulté d’empêcher la dispersion des nouveaux organismes. Les pollens, les graines et les vents et animaux qui les transportent ne connaissent en effet pas de frontière. Or, les organismes transgéniques étant plus résistants, il y a des chances pour qu’ils remplacent les autres espèces s’ils se trouvent en compétition, réduisant ainsi la biodiversité.

Enfin, le dernier élément polémique est le manque de recul sur cette technique, nous empêchant de connaître les éventuels risques pour la santé humaine, qu’elle pourrait entraîner à long terme.

 Les risques et défis concernant les organismes transgéniques paraissent alors résider davantage dans la capacité de l’être humain, de la société en général de gérer cette technologie, que dans la technologie elle-même. Il s’agit d’être capable de réglementer, de légiférer sur cette technologie de manière adéquate et concertée au niveau mondial, avant de pouvoir songer à l’appliquer.

La question des brevets cristallise ces problèmes de légalisation : « l’OMC a acté en 1999, dans le cadre des accords sur la propriété intellectuelle (TRIPs)2, le principe de la brevetabilité du vivant

dès lors qu’il y a découverte de la séquence d’un gène et de sa fonction, ouvrant ainsi une compétition mondiale aux enjeux colossaux.»[1] En effet les risques liés à l’appropriation de brevets, comme l’a notamment fait l’entreprise Monsanto au Canada peuvent amener à la détention d’un pouvoir gigantesque par quelques entreprises concernant l’alimentation de la planète entière.

Cette réglementation est particulièrement délicate, elle nécessite la concertation de l’ensemble de la communauté internationale, des acteurs politiques et économiques et est donc relativement lente à mettre en place. Or la science, comme la population mondiale, progressent de manière beaucoup plus rapide, sans attendre cette mise en place.

 Le problème du transfert de ces nouvelles technologies et de la transmission de l’innovation persiste également. La révolution verte avait déjà certes permit l’augmentation de la productivité, mais également celle des inégalités entre les producteurs. En effet, seuls les paysans disposant de ressources préalables suffisantes (financières, mais aussi en terme de connaissances) ont pu bénéficier de ces nouvelles technologies. Le fossé entre eux et ceux qui n’y ont pas eu accès s’est alors fortement accentué. Les biotechnologies sont sur le point d’avoir les mêmes conséquences. L’agriculture de petite échelle pourrait grandement profiter de variétés améliorées pour résister à des conditions climatiques particulières ou des ravageurs précis. Ceci pourrait, en effet diminuer sa vulnérabilité aux aléas externes. Cependant il est fort probable que ces technologies n’atteignent pas ces exploitants en question, ceux-ci ne disposant pas des ressources nécessaires pour leur adoption et/ou étant trop isolés.

 Actuellement, des organismes transgéniques sont déjà distribués sous forme de semences ou d’aliments, notamment dans les pays en voie de développement,  à travers la filière de l’aide alimentaire. Ainsi, «l’organisation humanitaire anglo-saxonne CARE distribuerait, dans le cadre de ses programmes de micro crédit, des semences de maïs OGM en Colombie, et l’Equateur aurait reçu au titre de la PL 480 (loi sur l’aide alimentaire américaine) du soja génétiquement modifié destiné aux orphelinats du pays. L’aide alimentaire américaine constitue ainsi le « cheval de Troie » des OGM dans le Tiers monde. »[2]

 En plus de l’argument de réduction de la faim dans le monde, les défenseurs de la culture OGM arguent qu’elle est également bénéfique pour l’environnement, permettant la diminution de l’utilisation de pesticides et autres inputs ayant des conséquences importantes sur les écosystèmes. L’intensification de la production qu’elle entraîne permettrait également ainsi que de diminuer la quantité zones à mettre en culture et donc réduire la déforestation.

 Cependant, outre les biotechnologies et OGM, il existe d’autres potentiels d’intensification de la productivité et de réduction de la vulnérabilité, également respectueux de l’environnement : la « conservation agriculture », par exemple,  regroupe différentes méthodes de conservation de l’eau et des sols, comme la culture sans labour, la couverture permanente du sol par des résidus, la création de terrasses, l’agroforesterie, et de nombreuses autres. Selon une étude du Centre pour le Développement et l’Environnement de l’Université de Berne (CDE), menée en Afrique de l’Est, le rendement peut augmenter de 27% à 70% selon les régions. L’avantage est que ces techniques, contrairement aux biotechnologies, sont beaucoup plus accessibles, même pour les paysans plus défavorisés.

En plus des aspects techniques, il existe des possibilités organisationnelles d’intensification de la production agricole. En effet, dans de nombreuses régions du globe, des terres fertiles demeurent sous-exploitées, voire inutilisées. En Amérique du Sud, notamment, elles sont aux mains de propriétaires terriens, qui les conservent à but spéculatif. Ainsi, « la FAO souligne par ailleurs que 700 millions d’hectares supplémentaires, qui ne font partie ni des zones protégées, ni des zones inhabitables, pourraient être mis en culture dans les pays en développement, principalement en Amérique latine et en Afrique, ce qui permettrait de doubler leur superficie agricole utile actuelle. »[3] Il a été prouvé qu’une meilleure répartition des terres pouvait également être source d’augmentation de la productivité.

 Ainsi, une démarche plurielle, combinant différentes technologies, ainsi qu’une réorganisation de la production, parait être la meilleure solution pour obtenir des résultats satisfaisants, dans un temps relativement bref.

Mais pour réellement adresser le problème de la faim dans le monde, il ne s’agit pas seulement d’agir sur la quantité de nourriture produite. Il est en effet nécessaire de stimuler une répartition plus équitable à l’échelle mondiale et un accès facilité à cette dernière. En effet, augmenter la production agricole d’un pays ne va pas renforcer la sécurité alimentaire de ce dernier et diminuer le nombre de personnes souffrant de la faim, si cette production se trouve en grande partie exportée ou encore utilisée pour produire des biocarburants… (c.f. article biocarburants)

« On ne peut prétendre résoudre par des réponses purement techniques un fléau qui s’explique d’abord par l’impossibilité pour des millions d’hommes d’avoir accès à la nourriture faute d’un pouvoir d’achat suffisant »[4].

«Il y a encore des gens qui ont faim … mais ils ont faim parce qu’ils n’ont pas d’argent et non pas parce qu’il n’y a pas de denrées alimentaires à acheter… nous n’admettons pas que l’on prenne faussement prétexte de notre pauvreté pour se gagner l’appui de la population européenne.» Tewolde Berhan Gebre Egziabher, Institute for Sustainable Development, Addis Abeba (Éthiopie), 1997 

 Pour en savoir plus:

 -       Brunnel Sylvie, « OGM et faim dans le monde : pour une charte des aliments essentiels », in POLITIQUE ÉTRANGÈRE 1/2002, p. 4

-       Article du Temps : Etienne Dubuis, « Nourrir 9 milliards de ventres », Le Temps, 21 octobre 2009.

-       Site du CRIIGEN (Comité de Recherche et d’Information Indépendantes sur le Génie Générique : http://www.criigen.org/content/view/96/82/

-       Site interministériel sur les OGM : http://www.ogm.gouv.fr/savoir_plus/fiches/fiche11.htm

-      Rapport de la FAO, Rome 2001 : http://www.fao.org/docrep/003/x9602f/x9602f02.htm#P0_0


[1] Brunnel Sylvie, « OGM et faim dans le monde : pour une charte des aliments essentiels », in POLITIQUE ÉTRANGÈRE 1/2002.

[2] Brunnel Sylvie, « OGM et faim dans le monde : pour une charte des aliments essentiels », in POLITIQUE ÉTRANGÈRE 1/2002, p. 4

[3] idem, p.7-8.

[4] Brunnel Sylvie, « OGM et faim dans le monde : pour une charte des aliments essentiels », in POLITIQUE ÉTRANGÈRE 1/2002, p.8

JOURNEE TECHNIQUE FORMULATION COSMETIQUE ET AGRO-AROMATIQUE

Mardi 24 novembre 2009 – Euro- pôle Méditerranéen de l’Arbois – Aix-en-Provence

Art puis science, au carrefour de plusieurs disciplines, la formulation reste l’étape centrale du processus de fabrication des produits cosmétiques et agro-aromatiques.

La formulation fait appel à un savoir-faire complexe qui s’appuie sur la connaissance des propriétés des composants utilisés et la maitrise des processus technologiques d’association de ces ingrédients.

L’objectif de cette journée est de présenter les évolutions technologiques dans ce domaine : les concepts et procédés innovants, leur contrôle mais aussi l’intégration d’ingrédients naturels dans les formules.

Science & Environnement sera présent à cet évènement et donnera une présentation sur : L’analyse de cycle et de vie : outil d’innovation pour une chimie durable et des produits éco-conçus

Lieu : Europôle Méditerranéen de l’Arbois (Aix-en-Provence) – Salle de projection

  • Inscription gratuite mais obligatoire par retour de mail à l’adresse suivante : contact@uess.fr

Pour tout renseignement : Tél. 04 92 72 50 68 / Fax : 04 92 72 28 51

Programme 
9h30 Accueil des participants  
10h00 – 10h30 Encapsulation et microfluidiqueMr Jérôme BIBETTE – Professeur à l’École Supérieure de Physique et de Chimie Industrielles de la Ville de Paris (ESPCI), Directeur et fondateur du laboratoire Colloïdes et Matériaux divisés à l ‘ESPCI – Fondateur de trois entreprises de biotechnologies : ADEMTECH (Fr), RAINDANCE (US), CAPSUM (Fr) 
10h30 – 11h00 Intérêt de l’analyse rhéologique dans les émulsions cosmétiques et pharmaceutiquesProfesseur Ph. PICCERELLE – Laboratoire de Pharmacie Galénique, Biopharmacie et Cosmétologie E.A. 4263 Thérapie des Maladies Génétiques Faculté de Pharmacie Marseille Université de la Méditerranée 
11h00 – 11h30 Utilisation des méthodes de Résonance Magnétique Nucléaire (RMN) dans le cadre du contrôle de la stabilité des émulsionsMme Magali MARTIN-BIRAN -Co-directrice CEREVAA (Centre de Recherche, de Valorisation et Applications) 
11h30 – 12h00 Tomographie optique et microscopie  électronique à balayage au service de l’étude des émulsionsDr Mickael ANTONI – Institut des Sciences Moléculaires de Marseille (ISM2) Equipe AD2EM Laboratoire de Thermodynamique et Modélisation des Milieux hors Equilibres – Université Paul Cézanne
12h15 – 14h00 Déjeuner
14h00 – 14h30 Classification des tensioactifs, des huiles cosmétiques et des terpènes par la méthode du HLD (Hydrophilic Lipophilic Deviation)Pr Véronique RATAJ – Université des Sciences et Technologies de Lille
14h30 – 15h00 Extraits végétaux, cosmétique et couleurMme Christine BRUNET - Ingénieur Recherche et Développement à l’ARRDHOR CRITT Horticole et à Couleurs de Plantes (17) 
15h30 – 16h00 L’analyse de cycle et de vie : outil d’innovation pour une chimie durable et des produits éco-conçusDr. Erwan Saouter – Directeur founder -  Science & Environnement 
16h00 – 16h30 Emulsions sèches par le procédé de la lyophilisationMme Sophie DECLOMESNIL - Docteur en Sciences – Responsable Recherche et Développement – Sté LYOFAL (13) 
16h45 – 17h15 Conclusions
 
 

Copenhagen 2010: Réduction ou adaptation aux changements climatiques?

La presse a récemment fait écho de la forte attente de l’opinion mondiale, concernant les futures négociations de Copenhague qui auront lieu en décembre. Celles-ci se sont en effet vues précédées récemment de conférences de préparation à Genève et à Bangkok, remettant sur la table le thème du « changement climatique ».

D’une manière générale, ce qui ressort de plusieurs articles concernant ces pré-négociations, est la modification de la position des pays émergents. Ceux-ci ont effectivement montré leur intention de jouer un rôle plus important dans la mise en place de politiques globales pour atténuer les causes du changement climatique annoncé.

Cette volonté nouvelle est mise en opposition à la passivité des pays développés et le manque de volonté qu’ils ont exprimé. Ainsi l’on pouvait lire, par exemple, dans la presse :

« Les grands pays émergeants sont prêts à faire bien plus que leur part équitable de l’effort mondial. Il est loin le temps de Kyoto où ils refusaient tout effort en prétextant que le changement climatique était une affaire de pays riches »[1]

 « A Bangkok où se discute le texte de Copenhague, c’est le monde à l’envers: les pays du Sud, jusqu’ici réticents face aux promesses sur le climat, font la leçon aux Américains qui n’assument pas leurs responsabilités »[2]

 

La modification de l’implication des pays émergeants est un élément intéressant à remarquer. Sur le plan géopolitique, elle entraîne une modification des relations internationales de pouvoir classiques entre pays « développés » et « en voie de développement ». Mais un autre élément nouveau est également sorti de ces discussions. Cette fois, au-delà des discussions sur les politiques à mettre en place pour « atténuer » les causes du réchauffement climatique, la question de l’adaptation aux conséquences du changement climatique a, en effet, été discutée. Ainsi, selon l’Office Fédéral de l’Environnement suisse (OFEV):  «Les négociations ont porté sur trois points principaux: la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’adaptation aux changements climatiques ainsi que le financement des mesures d’adaptation et de réduction des émissions de gaz à effet de serre.»[3]

 

En effet, que les politiques de diminution des gaz à effet de serre atteignent ou non leur but, un changement du climat tel qu’on l’a connu jusqu’à présent aura certainement lieu. L’intensité de ce changement entraîne encore de nombreux débats, mais il est certain que l’on va devoir faire face à un changement des conditions climatiques telles qu’elles sont actuellement.

 

Il devient donc capital de se poser la question suivante : Quelles politiques mettre en place et dans quels domaines pour rendre ces innovations réalisables et s’adapter au changement avec des résultats satisfaisants.

Les domaines concernés sont en effet extrêmement divers, comme le mentionne l’OFEV:

« Les changements climatiques obligent l’Etat, l’économie et la société a prendre des mesures d’adaptation dans les domaines les plus variés:

  • politique de la santé (vagues de chaleur);
  • politique énergétique (modifications de débit des rivières);
  • tourisme (élévation de la limite des chutes de neige);
  • assurances (évolution des catastrophes naturelles);
  • agriculture (étés plus secs et plus chauds);
  • sylviculture (conditions plus favorables pour les bostryches). »[4]

 

Ceci nécessite donc des efforts de coordination importants mais également de coopération entre pays développés et en voie de développement.

En effet, dans le domaine de l’adaptation, des pays ayant dû faire face à plus de contraintes (qu’elles soient politiques, économiques ou climatiques) pourraient bénéficier d’un avantage en terme de capacité à s’adapter au changement. De même que l’agriculture familiale la vulnérabilité des sociétés de ces pays aux conditions extérieures a donné naissance à des stratégies diverses, pour parer aux conséquences engendrées. Des pays en voie de développement pourraient-ils alors se transformer, à leur tour, en donneurs de leçons et faire bénéficier des pays développés de leurs connaissances en matière d’adaptation?

 

Néanmoins, le problème particulier que pose le changement climatique à venir, est la rapidité du changement. Ceci force en effet les structures à s’adapter très vite pour pouvoir survivre. L’adaptation rapide exigée nécessite des conditions préalables existantes pour être accomplie avec succès. Des institutions stables et légitimes, ainsi qu’une capacité de financement suffisante seront notamment nécessaires. C’est ce point là qui fera particulièrement défaut aux pays en voie de développement, malgré la volonté politique forte, nouvellement exprimée. Les pays développés pourraient alors apporter leur contribution. On aboutirait ainsi à un échange de connaissances contre du financement. Ceci serait typique d’un processus win-win. Le gouvernement suisse, par exemple, propose ainsi d’instaurer un système global de pollueur payeur pour financer les mesures d’adaptation et leur permettre d’être mises en place rapidement dans le monde entier.

 

L’adaptation au changement des conditions climatiques est très polémique. Elle nécessite en effet d’admettre l’éventualité du changement et d’agir concrètement en la matière. Mais il est encourageant de voir que du chemin a été parcouru sur ce thème depuis Kyoto et que la question est à présent évoquée de manière officielle. Reste à voir ce qu’il en ressortira à Copenhague en décembre.

 

Pour en savoir plus :

 

- Portail de la commission européenne sur le changement climatique regroupant des exemples de pays (notamment la France) ayant développé des stratégies nationales d’adaptation : http://ec.europa.eu/environment/climat/adaptation/index_en.htm

 

- Stratégie du gouvernement suisse concernant le climat:

http://www.bafu.admin.ch/klima/index.html?lang=fr

 

- Article du Temps sur les futures négociations de Copenhague :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/665fb4b2-b380-11de-a98a-1d29c5d1473c/Pas_de_fanfare_sans_grosse_caisse

 


[1] http://www.actu-environnement.com/ae/news/pietinement_europe_8498.php4

[2] http://www.letemps.ch/Page/Uuid/665fb4b2-b380-11de-a98a-1d29c5d1473c/Pas_de_fanfare_sans_grosse_caisse

[3] http://www.bafu.admin.ch/aktuell/medieninformation/00004/index.html?lang=fr&msg-id=29440&print_style=yes

[4] http://www.bafu.admin.ch/klima/00493/06573/index.html?lang=fr

« Greentech » : un souffle d’avenir en rose ou vert ?

Ce week end a eu lieu à Fribourg (Suisse) le premier salon suisse sur les technologies vertes. Il a remporté un vif succès : de nombreuses entreprises y ont tenu des stands de promotions, les visiteurs ont répondu présent et les grands médias nationaux ont largement relaté l’évènement. On peut donc affirmer qu’il s’agit d’un sujet qui touche et intéresse fortement l’opinion publique.

Mais que sont donc ces greentech (technologies vertes) aussi appelées cleantech, ou encore éco-technologies ? Dit rapidement, elles regroupent toute forme de technologie permettant de réduire l’impact d’un produit et/ou d’un processus industriel sur l’environnement. Ceci notamment grâce à une consommation plus efficiente de matière et d’énergie, diminuant ainsi la production de déchets et les pertes ou encore mieux, permettant leur valorisation. Elles incluent également les technologies liées aux énergies renouvelables mais ne s’y limitent pas.

L’arrivée de ces green-technologies sur le devant de la scène constitue une petite révolution. Pendant longtemps, en effet,  l’industrie a été considérée comme le pire ennemi de l’environnement. On opposait ainsi constamment industrie et nature/environnement. Et voilà qu’à présent une vision intermédiaire d’une industrie plus « ecofriendly » voit le jour.

Ces nouvelles technologies à impact moindre sur l’environnement, sont le résultat d’un processus d’innovation. Elles représentent des avancées sur le plan scientifique et génèrent de nouvelles connaissances et savoir faire. Ceci signifie la création de nouveaux emplois, l’attraction d’investisseurs, etc. « Selon l’OCDE, les entreprises qui investiront ces marchés seront celles qui connaîtront la plus forte croissance à moyen terme »[1]. Il n’en faut pas plus pour doper l’économie d’une région ou d’un pays. C’est ce qui s’est passé dans de nombreuses régions aux Etats Unis et en Europe de l’Est et a présent dans les pays émergents, dont la croissance économique a été dopée par le développement du nouveau secteur des clean- et greentechs’.

La Suisse tente  actuellement de stimuler ce secteur par des mesures incitatives afin d’attirer des investisseurs et créer de nouveaux emplois.

 Aussi positifs que peuvent être ces innovations technologiques pour l’environnement ainsi que pour l’économie, parler d’industries respectueuses de l’environnement serait un raccourci trompeur. Il ne suffit en effet pas seulement de développer de nouvelles technologies vertes mais bien de revoir les technologies existantes pour les rendre plus propres. Certains vont même plus loin et postulent que c’est l’ensemble de l’industrie et son fonctionnement qui doivent être revus. Cette restructuration ne doit pas se faire uniquement sur le plan technologique, mais également organisationnel et politique. C’est ce qu’on appelle l’ « éco-restructuration » du système industriel.

Cette approche est proposée par l’écologie industrielle. Jusqu’à présent, en effet, le système industriel était perçu comme un ajout artificiel, venant se superposer aux systèmes naturels. Ce système anthropisé puise des ressources dans la nature puis y rejette ses déchets. Ce que propose l’écologie industrielle, c’est de penser ce système non plus comme un supplément extérieur mais comme faisant ou devant faire partie du système naturel lui-même. Elle va alors imaginer des stratégies pour l’y intégrer.

La stratégie principale est la valorisation des déchets. Dans la nature, il n’y a pas de pertes. Le vieux principe de conservation de masse de Lavoisier (« rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ») est la base du fonctionnement des écosystèmes naturels. C’est ainsi que devrait également fonctionner le système industriel. Il doit s’intégrer dans ce fonctionnement cyclique, comme une étape de plus dans une boucle fermée, ce qui permettrait d’optimiser son propre fonctionnement. Pour ce faire, il convient aussi par exemple de diminuer le nombre d’étapes lors d’un procédé industriel, de limiter les pertes dissipatives, ou encore de dématérialiser les produits. A l’échelle du produit lui-même, on parle d’éco-design ou éco-conception. Les produits, conçu dès le départ pour être intégrés dans une boucle industrielle pourront ainsi être facilement réutilisés. De plus, on considère l’ensemble du cycle de vie du produit (production, transport, utilisation, destruction) et tous les flux de matière et d’énergie qui entrent en jeu. Le défi sera de concevoir des façons d’optimiser ces flux. L’analyse de cycle de vie (ACV) et/ou l’écobilan peuvent alors servir d’indicateurs efficaces pour évaluer la qualité de l’éco-conception d’un produit (voire article ACV, Bilan carbone).

 Si les améliorations technologiques jouent un rôle clé dans ce processus d’éco-restructuration du système industriel, elles ne suffisent pas à elles seules à résoudre les problèmes liés à l’intégration du système industriel. Rien ne sert de développer de nouvelles technologies si celles-ci ne sont pas ensuite diffusées et adoptées à large échelle. Ces problèmes sont plus liés à des questions d’organisation et de stratégies de développement qu’à la recherche et à l’innovation elles-mêmes.

Il s’agit bel et bien là d’un défi qui se pose à notre société et qui touche toutes les sphères qui la composent : économique, scientifique, politiques. Serons-nous en mesure de relever ce défi? Le succès rencontré par le salon Greentech à Fribourg est un signe plutôt encourageant. Mais il s’agit à présent de s’atteler  concrètement à la tâche, sans attendre que l’on y soit forcé par la disparition éventuelle de certaines ressources naturelles.

“The Stone age didn’t end because we ran out of stones….” Al Gore.

 Pour en savoir plus :

 -                   Erkman Suren, « Vers une Ecologie Industrielle », éd. Charles Leopold Mayer, Paris, 2004

-                   Guide de sensibilisation de l’ADEME sur les programmes, plans d’action et projets européens concernant les clean-tech : 

http://209.85.129.132/search?q=cache:R0w9igU7gucJ:www2.ademe.fr/servlet/getBin%3Fname%3D8586B0D95ADED3E71801C1D3FEC22A681173200902581.pdf+europe+eco+technologies&cd=1&hl=fr&ct=clnk&gl=ch

 


[1]http://www.actu-environnement.com/ae/news/marche_mondial_eco_technologies_7361.php4

REACH : 9 ou 54 millions d’animaux sacrifiés ?

Quelle est la quantité totale d’animaux sacrifiés à cause de la réglementation REACH?

La période estivale a été perturbée par cette polémique lancée par Thomas Hartung dans son article publié dans Nature en août 2009. D’après son estimation, c’est 54 millions d’animaux  et non pas 9 millions, comme l’avait estimé la Commission européenne, qui seraient sacrifiés sur l’autel de la sécurité humaine et environnementale. Certains sont même allés jusqu’à citer le chiffre de 200 millions d’animaux.

Qui faut-il croire ? Comment expliquer une telle différence ? Qui manipule qui ?

Tout est parti du nombre très important de dossiers de pré-enregistrement (150 000 environ) enregistrés sur le site de l’ECHA (Agence Chimique Européenne en charge du règlement REACH) alors que l’on ne s’attendait qu’à environ 30 000 dossiers. L’arithmétique faisant le reste : 5 fois plus de substances à tester = 5 fois plus d’animaux à scarifier. CQFD !

La commission a bien sûr très vite réagi en publiant plusieurs communiqués de presse pour corriger l’erreur.

Bien que personne ne puisse dire avec précision combien d’animaux seront au final sacrifiés, on peut avancer ces contre arguments, qui, s’ils ne changent rien au caractère ‘dramatique’ du sujet, permettent de relativiser l’importance des recours aux tests sur animaux.

L’estimation revendiquée par T. Hartung, et reprise par tous les défenseurs des animaux ou des opposants à REACH, peut être réfutée à partir de ces trois arguments :

-          Premier argument : Il y a une surestimation du nombre total de substances chimiques  qui devront réellement être enregistrées et qui donc nécessiteront le recours à des test sur animaux.

  • Il y a bien eu 140 à 150 000 enregistrements, mais le nombre de substances différentes (nécessitant un dossier séparé) ne sera que légèrement supérieur à l’estimation initiale de 30 000 substances. Pourquoi cela ? Tout simplement parce de nombreuses compagnies ont enregistré la même substance, parfois sous des noms différents; par ailleurs, certaines substances enregistrées n’avaient pas besoin de l’être, sans parler de certaines agences peu scrupuleuses qui se sont amusées  à enregistrer la liste EINECS au complet ….. En fin de compte personne ne sait encore avec précision quel est le nombre total de substances, mais le chiffre final ne devrait pas être trop éloigné de l’estimation initiale.
  • Toutes les substances ne nécessitent pas le même détail d’information et donc le même recours à des tests sur animaux.

-          Deuxième argument : La réglementation REACH encourage l’utilisation de méthodes alternatives comme le regroupement de substances par famille, le ‘read-accross’, les QSARs (prédiction d’une toxicité à partir de données connues), le bon sens (weight of evidence), l’absence d’exposition, et le recours aux tests sur cultures de tissus (in-vitro).

  • Les règlements précédents étaient prescriptifs (obligation de générer une donnée expérimentale), alors que REACH permet une approche scientifique raisonnée. C’est d’ailleurs un des éléments les plus novateurs de cette règlementation. Si l’on peut justifier qu’une donnée expérimentale n’est pas nécessaire, le dossier pourra être accepté. Une telle justification requerra de solides arguments, mais c’est possible.
  • De plus la génération des tests les plus controversés est soumise à autorisation préalable de la part des autorités européennes, pour éviter justement que tout le monde se précipite pour tester sa substance.

-          Troisième argument : les industries possèdent déjà de nombreuses informations sur les substances qu’elles utilisent, au moins pour celles qui sont potentiellement dangereuses.  Ces données ne sont certes pas publiques, mais elles existent. Faire croire que l’industrie a volontairement utilisé des milliers de substances sans rien savoir de ses propriétés est un non-sens, ce qui bien entendu ne doit pas la dédouaner de démontrer que leur utilisation est sûre pour l’homme et pour l’environnement. De plus, l’industrie a l’obligation de mettre toutes ces informations en commun (avec les autres fabricants) pour éviter de tester inutilement les substances.

Ceci étant dit, il est certain que REACH va générer un nombre très important de test expérimentaux sur animaux. Mais c’est probablement le prix à payer pour une industrie chimique propre et une population libre de décider des molécules qu’elle veut avoir dans ses produits. Ceux qui pensent que la chimie verte permettrait de ne pas tester sur animaux se trompent là aussi lourdement. Il y a des milliers de substances toxiques dans la nature et si on se met à les utiliser dans nos shampoings, crèmes et autres produits cosmétiques ou de nettoyage, il faudra s’assurer qu’elles sont, elles aussi, inoffensives pour l’homme et l’environnement. C’est l’accumulation de substances en un point donné qui constituera un risque potentiel, pas le fait qu’elle soit d’origine végétale ou pétrochimique.

Liens utiles: http://echa.europa.eu/news/press_en.asp

Demain, les trois quarts de la population mondiale vivra en ville. Ville durable ou ville insupportable ?

Le paradoxe des environnementalistes que nous sommes est que l’on souhaite tous vivre à la campagne entourés d’une nature intacte, alors que d’un point de vue purement ‘spatial’, la surface de la terre ne serait pas assez grande si les 6.5 milliards que nous sommes voulaient tous vivre entourés de champs. Il va donc falloir que certains d’entre nous acceptent de s’entasser  les uns sur les autres. D’où le concept de ville durable après celui de ville insoutenable (si l’on pense au développement des banlieues, des réseaux routiers à l’intérieur des centre-villes, ou encore pire, des bidonvilles qui se multiplient autour des mégalopoles sans eaux potables, sans réseau d’égout).

La nécessité de penser de nouvelles stratégies de construction des espaces urbains devient dès lors nécessaire. L’urbanisme durable est une nouvelle tendance, qui, en travaillant sur la forme et l’organisation urbaine,  propose des pistes pour diminuer les conséquences négatives de l’urbanisation et au final rendre les villes plus durables.

L’urbanisme durable ne se résume  pas, comme on l’entend souvent, à des constructions « écolos ».

En réalité, pour être qualifié de durable, l’urbanisme se doit de considérer les trois sphères du développement durable: l’économie, le social et l’environnement.

  • Sur le plan social, il s’agit tout d’abord de promouvoir la justice sociale et le bien-être des citadins. Les inégalités sociales au sein des villes sont en effet parfois très importantes, plus même qu’entre des pays en voie de développement et des pays développés. Ceci signifie notamment que l’urbanisme durable doit offrir une qualité de vie agréable aux habitants, renforcer la cohésion et le lien social, garantir l’égalité d’accès aux biens et services à tous. La gestion des espaces publics, la promotion d’une mixité des activités et des habitants sont des exemples de stratégies pouvant être développées dans ce domaine.
  • En termes économiques maintenant, on sait que la concurrence entre les villes est très élevée en ce qui concerne par exemple l’attractivité pour la localisation d’entreprises, ou le positionnement sur le marché touristique. L’urbanisme durable doit donc offrir les caractéristiques nécessaires à la ville pour « marquer des points » au niveau mondial et ainsi assurer une croissance économique performante. Renforcer l’identité des villes en revalorisant les particularités individuelles est notamment une stratégie de l’urbanisme durable pour renforcer leur « image de marque». Mais les ressources ainsi générées par les villes  doivent être équitablement réparties au sein de la ville (entre les différents groupes) et au niveau régional (équilibre entre centre et périphérie).
  • Enfin, sur le plan environnemental, la gestion durable des ressources naturelles doit être garantie. Pour ce faire, trois domaines sont fréquemment mis en évidence : la gestion de l’eau, la gestion de l’énergie et la gestion des déchets. De nombreuses stratégies (densification le long des axes de transports publics, création de corridors urbains, mixité fonctionnelle, promotion des transports publics et des énergies renouvelables, construction écologique, etc.) existent dans ce domaine et des outils tels que l’ACV peuvent également être utilisés pour évaluer l’impact des matériaux envisagés et des activités.

On le voit, l’urbanisme durable est complexe et doit faire face à des défis de taille, sur des thèmes très divers.

La principale contrainte que rencontre l’urbanisme durable, est l’existence d’un cadre bâti préalable. En effet, dans les cas de constructions entièrement nouvelles (Ecoquartiers de Bedzed à Londres, de Freiburg en Brisgau, de la ville de Masdar aux Emirats Arabes Unis), la mise en place de stratégies d’urbanisme durable n’est certes pas simple, mais les planificateurs sont beaucoup plus libres qu’au sein d’un cadre bâti existant.

Même si ces projets, notamment Masdar (le plus grand projet du genre : une ville de 50′000 habitants), sont la plupart du temps très bien menés, le véritable défi réside donc dans la « durabilisation » des villes déjà existantes. Il est en effet autrement plus compliqué de s’attaquer à une ville telle que Bombay, où plus de la moitié des habitants vit actuellement dans des bidonvilles illégaux, ou à Houston, dont la construction est entièrement pensée en fonction de la voiture individuelle.

La modification de ces structures, autant physiques que sociales et politico-juridiques n’est pas aisée, et la durée d’un mandat politique ne suffit  souvent pas à introduire des modifications en profondeur. Néanmoins, sur ce plan, des outils existent également, comme l’Agenda 21, qui se veut un outil participatif au niveau local et qui a pour but de fournir un cadre ainsi que des lignes d’actions directrices pour l’application de nouvelles politiques urbanistiques.

Lorsqu’il peut être appliqué, l’urbanisme durable se révèle alors un formidable moteur pour l’innovation dans des domaines aussi divers que l’architecture, la logistique, les nouvelles technologies, la communication et la démocratie participative et rien que pour cela il mérite d’être encouragé au niveau des Etats. Le partage d’expériences et de conseils entre les villes au niveau international, grâce à une plateforme globale, serait également très profitable, notamment pour les pays en voie de développement, dont les gouvernements régionaux et nationaux manquent parfois d’outils et de savoir-faire pour entreprendre des démarches si importantes.

Pour en savoir plus :

-           L’Observatoire universitaire de la Ville et du Développement durable à Lausanne, http://www.unil.ch/ouvdd, publie régulièrement sur le thème de l’urbanisme durable et ses avancées.

Le site du chercheur William McDonough recèle d’illustrations (principalement aux USA) et perspectives concernant l’urbanisme durable : http://www.mcdonough.com/writings_urbanism.htm

4è Université d’Eté de l’Environnement, à Lyon du 30 sept au 1er octobre : ÉCO- ENTREPRENDRE POUR UN AUTRE DEVELOPPEMENT.

Deux jours de rencontres sur le thème du développement durable organisés par l’APPEL, réseau des éco-entreprises de la région Rhône-Alpes.

Après une séance plénière sur les enseignements du Grenelle de l’environnement, les journées se sont organisées autour de 4 thèmes : Éco-manager, Éco-produire, Éco-construire, Éco-aménager. Beaucoup d’interventions intéressantes et d’opportunités de réseautage.

Ne pouvant assister à tous les ateliers en même temps (je me suis focalisé sur Éco-manager et Éco-produire), voilà les quelques points qui ont retenu mon attention :

  • Grenelle de l’environnement = Rupture idéologique. Fin de l’opposition entre économie et protection de l’environnement. Bon, au moins théoriquement…
  • Opportunité de business : en plus d’inviter les particuliers à isoler leurs maisons / immeubles,  une société privée peut proposer de prendre en charge le surcoût lié aux normes HQE (hautes qualités environnementales) et se rembourser ensuite sur les économies d’énergie.
  • Energie renouvelable : objectif à l’horizon 2020 : 40 GWatts. On en est à 10 GW en 2009 avec 0.1 GW pour le solaire (5.2 GW prévus pour 2020), 4 GW pour l’éolien et 2 GW pour la co-génération. Reste du chemin à parcourir…où en sera le reste du monde en 2020 ?
  • Chaque famille produit aujourd’hui 16 tonness de CO2. On devra être à 4 en 2050….(le fameux ‘Facteur 4’). La moitié de la réduction devrait venir du changement de comportement du consommateur.
  • Développement durable = environnement = bilan carbone !! Dommage collatéral de la médiatisation du problème du réchauffement planétaire. Pour être ‘bon’ pour l’environnement, il suffit d’afficher son bilan carbone. Quid des émissions des substances toxiques, de l’impact sur la biodiversité, de la gestion de déchets, etc… Heureusement que l’INERIS et d’autres étaient là pour rappeler la nécessité d’une approche multi-critères.
  • Magnifique démonstration du Professeur Francois Maréchal de l’EPFL de Lausanne, de l’approche systémique pour résoudre (ou du moins nettement améliorer) les inefficacités et les déperditions énergétiques. D’un système consommateur d’énergie on passe à un système nul, voire positif. Qu’est-ce qu’on attend pour généraliser cette approche?
  • Chimie verte = chimie à partir de plantes ou chimie à faible impact sur l’environnement ? Non, ce n’est pas la même chose : la chimie à partir de plantes peut être aussi polluante.
  • Aussi impressionnantes et passionnantes que la présentation du Prof Francois Maréchal, les utilisations de l’écologie industrielle pour optimiser les flux et la réutilisation des déchets. D’ailleurs au Québec, on n’appelle plus cela des déchets mais des flux intermédiaires. Là encore des résultats spectaculaires, mais, il est vrai, plus difficiles à présenter qu’un bilan carbone. Ceci explique probablement cela (le peu d’exemples d’utilisation de cette approche).

Pour tout le programme 4è Université d’Eté de l’Environnement, cliquez ici.

Recherche terres arables (encore productives) désespérément !

« Quand les riches maigrissent, les pauvres meurent » proverbe chinois. [1]

Par Florence Bétrisey (collaboratrice à S&E)

C’est avec ce proverbe que se conclut un article de l’Hebdo de la semaine dernière. Le magasine suisse a en effet publié un dossier spécial sur la problématique de l’achat de terres agricoles en Afrique, intitulé « Le grand défi alimentaire ».

Divers articles y illustraient une réalité géopolitique d’un nouvel ordre : Après les minerais et l’eau, la terre devient la nouvelle ressource au centre des préoccupations.

Récemment, suite notamment à la crise alimentaire, plusieurs Etats ont pris conscience du danger pesant sur leur sécurité alimentaire. En effet, la consommation augmente, les sols sont de moins en moins fertiles et l’hypothèse de dépendre de l’importation pour satisfaire leur demande interne en produits alimentaires semble effrayer plus d’un gouvernement.

En conséquence, de manière directe ou sous couvert d’entreprises privées, ces derniers ont décidé d’acheter des terres cultivables à des pays en voie de développement. Ainsi, le Pakistan, par exemple, a récemment décidé de vendre environ 405 000 hectares[2] à l’Arabie Saoudite, aux Emirats Arabes Unis et au Bahreïn. L’Ethiopie, quant à elle, prévoit de vendre 2,7 millions[3] d’hectares à l’Inde et à la Chine. Et ceci ne fait que commencer. Parmi les pays susceptibles de vendre leurs terres, en plus de pays en voie de développement en Afrique (Mozambique, Ouganda,…) et en Asie (Laos, Cambodge,…), on trouve également le Brésil, ou encore l’Ukraine. Parmi les pays qui se sont montrés intéressés à investir, on trouve notamment le Japon et la Libye.

 A l’opposé de ce nouveau modèle, un Etat comme la Bolivie, décide de lancer une réforme agraire visant à l’inverse l’expropriation des grands propriétaires terriens et la répartition des terres aux communautés indigènes et petites exploitations familiales.

 Nous nous trouvons ici face à deux visions, deux modèles de développement en totale opposition. L’un se base sur une tendance que l’on peut qualifier de « top-down » (descendant), l’autre sur un modèle plus « bottom-up » (ascendant). Néanmoins, dans les deux cas, les objectifs des gouvernements sont identiques :

  • Favoriser l’innovation dans le secteur agricole
  • Augmenter la productivité
  • Augmenter la croissance économique au niveau national et diminuer le taux de chômage
  • Améliorer le niveau de vie de la population rurale
  • Diminuer l’exode vers les centres urbains

 Pour ce faire, le premier modèle mise sur les investissements en provenance de l’étranger. Au moyen de diminution drastique des contraintes (taxes diminuées, droit du travail et normes environnementales « allégées », prix des terres très attractifs,  etc…), les gouvernements espèrent attirer les grandes entreprises actives dans l’agrobusiness. Les risques de cette politique sont très importants. La perte volontaire de contrôle de l’Etat, au profit du secteur privé, implique en effet une forte dépendance aux fluctuations du marché mondial et aux volontés des firmes d’agrobusiness.

Ainsi, au Pakistan «il n’y aura aucun droit de douane ni de taxes sur l’importation de machines agricoles, d’équipement, ce qui réduira de manière importante les recettes fiscales de l’État. Les dividendes des exploitations ne seront pas non plus soumis à l’impôt tandis que le rapatriement de 100% du capital et des profits sera autorisé. Il n’y aura pas non plus de plafond autorisé à la possession de terres. Ce package d’incitations renforce le sentiment que la proposition du gouvernement pakistanais aux entreprises est plus que pernicieuse. »[4]

A cela s’ajoute le fait que les terres vendues sont rarement des terres « inoccupées ». Le plus souvent en effet, elles sont exploitées, de manière peu intensive certes, par des petits paysans, ne bénéficiant pas de titre formel de propriété. Ceux-ci se retrouvent dès lors « au mieux » ouvriers agricoles et au pire, se voient expulsés en direction des villes, selon le « bon vouloir » des grandes firmes devenues propriétaires. Néanmoins, il faut admettre que malgré ces risques importants, il est vrai que ces entreprises disposent de capitaux très importants, ainsi que de savoir faire et de technologies qui pourraient grandement bénéficier aux populations locales.  Ainsi, selon Rodney Cooke, Directeur de la Division consultative technique du FIDA (Fonds International pour le Développement Agricole) : « Réalisés de la bonne façon, ces accords peuvent apporter des résultats positifs pour toutes les parties et être un outil de développement. »[5]

 Le modèle bolivien se base, à l’inverse, sur une volonté de contrôle de l’Etat, afin de conserver au niveau national une plus grande partie des bénéfices, que s’approprient jusqu’alors  les entreprises privées étrangères. Ce modèle vise également un transfert de pouvoir économique et politique aux petits exploitants à travers une appropriation des terres et des bénéfices pouvant découler de l’exploitation de celle-ci. Le but est de promouvoir une agriculture de plus petite échelle, plus adaptée aux conditions locales et bénéficiant du savoir technique des populations elles-mêmes, plutôt que d’un savoir « importé ». Jusqu’à présent, la croissance économique au niveau national en Bolivie n’a pas augmenté. Et ceci malgré la présence et les investissements de grandes firmes étrangères disposant de capitaux importants. La concentration des terres n’aurait donc pas un effet positif sur l’économie. Le gouvernement veut dès lors renverser totalement la tendance, dans l’espoir d’augmenter la croissance économique et d’améliorer le niveau de vie.

Ceci étant dit, il est vrai que la seule redistribution de terres, sans mesures d’accompagnement, risque fort de ne pas aboutir aux résultats escomptés. Les petits exploitants disposent en effet de très peu de moyens pour exploiter leur terre. Sans un accès facilité au crédit, sans formations sur les techniques agricoles et sur le fonctionnement de l’économie de marché, ils risquent fort de ne pas pouvoir mettre à profit leurs terres nouvellement gagnées. L’Etat disposera-t-il de suffisamment de moyens pour mettre en place un tel système d’accompagnement ?

 En ce qui concerne l’environnement, l’enjeu est également très important. Avec une population en croissance, un taux de consommation également très important, ainsi que l’incertitude liée à l’évolution du climat, il devient capital de conserver les ressources naturelles telles que le sol, l’eau, et toute autre bien naturel que nous exploitons. Au-delà de la protection des ressources pour leur valeur intrinsèque, plus idéologique mais au combien nécessaire, il convient en effet assurer la production de biens que nous offrent ces ressources.

Une question se pose dès lors : une agriculture de petite échelle est-elle réellement plus respectueuse de l’environnement et de la biodiversité que celle des grandes exploitations agricoles ? Il est certain que la première tient généralement, par défaut, plus compte des conditions locales. Ceci la rend plus vulnérable sur le court terme, mais lui confère une capacité d’adaptation plus importante sur le long terme, contrairement à une agriculture de grande échelle qui a tendance à reproduire le même modèle de culture quels que soient le climat et le type de sol. Ceci n’est pas négligeable, dans l’hypothèse d’un changement des conditions climatiques pour ces prochaines décennies.

 On peut donc observer que, malgré les intentions sans doute bonnes des gouvernements, les risques liés aux deux modèles sont  importants. Peut-être la solution est-elle à chercher dans un « juste milieu ». Par exemple, la vente à des entreprises étrangères, mais avec un cadre précis de normes et d’obligations légales d’ordre social et environnemental pour les entreprises. Des systèmes de co-propriété entre les entreprises et les locaux, de « joint venture », pourraient aussi fournir des opportunités intéressantes pour les gouvernements, tout en minimisant les risques dont les paysans locaux seraient les premières victimes.

 Pour en savoir plus :

 Le dossier „Le grand défi alimentaire“, in l’ HEBDO n°36, 3 Septembre 2009, p. 40-55. : http://www.hebdo.ch/Edition/2009-36/Actuels/dossier/terres_nourricieres_le_grand_defi_alimentaire.htm

 Abdul Khaliq, « Privatisation des Terres agricoles au Pakistan », CADTM, 2 Juin 2009 : http://www.cadtm.org/spip.php?article4436

 Communiqué de presse de la FAO sur l’étude de l’IIED en Grande Bretagne : http://www.fao.org/news/story/fr/item/19974/icode/

 Bruno Parmentier, « Nourrir l’humanité : les grands défis de l’agriculture mondiale au XXI siècle », éd La Découverte, 2009 

 


 

[1] Le dossier „Le grand défi alimentaire“, in l’ HEBDO n°36, 3 Septembre 2009, p. 46

[2] Abdul Khaliq, « Privatisation des Terres agricoles au Pakistan », CADTM, 2 Juin 2009

[3] Le dossier „Le grand défi alimentaire“, in l’ HEBDO n°36, 3 Septembre 2009, p. 46

[4] Abdul Khaliq, « Privatisation des Terres agricoles au Pakistan », CADTM, 2 Juin 2009

 [5] http://www.fao.org/news/story/fr/item/19974/icode/

MASDAR : la révolution écologique en marche, du rêve à la réalité !

masdarMasdar  مصدر signifie « source, origine » en arabe. C’est le nom attribué à la nouvelle ville « entièrement durable » dont la construction a débuté dans l’Etat d’Abou Dhabi, aux Emirats arabes unis en février 2008. Sa construction devrait durer jusqu’en 2018 et elle devra alors accueillir 50′000 personnes, ainsi que de nombreuses entreprises, universités et centres de recherche.

Le but de ce projet est de créer une ville sans émissions de CO2, sans déchets et sans voitures. Pour mériter le titre de ville écologique, le projet se doit de prendre en compte les différents thèmes de l’urbanisme dit durable sur le plan environnemental:

  • Transports : la ville sera dotée d’un système innovateur de monorail souterrain, équipé de petites cabines de 1 à 10 personnes, pouvant être appelée par pression sur un bouton et dont la destination désirée sera indiquée par le voyageur. Ceci a l’avantage de combiner la liberté offerte par les transports individuels aux avantages écologiques des transports en commun. Ce système sera également utilisé pour le transport de marchandises et l’acheminement des déchets.
  • Énergie : Elle proviendra en grande majorité de centrales photovoltaïques et le reste sera issu de la conversion des déchets, ainsi que d’énergie éolienne.
  • Architecture : La construction des bâtiments utilisera toutes les technologies les plus innovantes pour diminuer la consommation d’énergie. A l’échelle de la ville, l’architecture compacte sera privilégiée, avec des constructions souterraines et élevées. Les rues seront étroites ce qui devrait leur permettre de conserver la fraîcheur.
  • Eau : enjeu important, étant donné que la ville sera située en plein désert. Elle proviendra principalement d’une usine de désalinisation de l’eau de mer pour l’eau de consommation. Tandis que les espaces verts seront arrosés à partir d’eaux usées.

La prise en compte de tous ces aspects a permis au projet d’être reconnu autant par les gouvernements que par des organisations de protection de l’environnement comme le WWF.

Les entreprises sont fortement encouragées à s’y établir. C’est ce que propose d’ailleurs l’association Swiss Village dont Science & Environnement est membre depuis août 2008. Le quartier Swiss Village sera situé au centre de Masdar et (du design aux produits et services commercialisés) sera « made in Switzerland ». Les entreprises pourront ainsi bénéficier d’un accès au marché de la région du Golfe, mais tireront également profit de tout le développement de savoirs et techniques liés au développement durable, comme le stipule l’association:

“Being located in the Swiss Village offers Swiss companies several advantages: they gain an ideal business hub for opening up the UAE and other Gulf regions. At the same time, they benefit from a gain in reputation by participating in a pioneering project in the field of sustainability and they benefit from the know-how and from the publicity that will result from this leading location for Clean Tech & Services.”[1]

L’association compte actuellement 60 membres.

Pour plus d’informations :

http://www.swiss-village.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1&Itemid=3

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[1] http://www.swiss-village.com/index.php?option=com_content&view=article&id=4&Itemid=6

Produits « écolos » : Réalité ou Greenwashing ?

Les affirmations « 100% Biodégradable », « 100% Naturel », « Bio », « Recyclable » et bien d’autres, fleurissent sur l’ensemble des biens de consommation, sont omniprésentes notamment dans les discussions sur les politiques environnementales à adopter, sur les sites de ventes de produits ‘Ecolos’ mais également dans les programmes de communication / publicité des grandes marques. Ces étiquettes sont devenues des arguments de ventes pour les fabricants (quelle que soient leur tailles, de la petite entreprise militante à la multinationale).

Ceux-ci nous ventent les mérites d’objets aussi divers que le papier de toilette recyclé, les produits de nettoyage à base de plantes (donc a-priori bons pour la nature), les couches réutilisables (i.e lavables), une pâte à modeler ou des peintures 100% naturelles, etc. La littérature n’est pas épargnée par cette vague : quasiment toutes les semaines sont publiés de nouveaux livres, blogs et sites web dédiés aux ‘éco-gestes’ et produits écolos qui sont censés sauver la planète. Plus d’infos »